Alice Miller, abus et maltraitance de l'enfant

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Ne pas faire culpabiliser les parents qui maltraitent.
lundi 12 mai 2008

Bonjour Alice, bonjour Brigitte,

j’ai transmis mon héritage de violence, malgré mon désir de faire
« autrement ».

Je suis un ex-enfant battu. On me battait parce que je me battais avec
mes frères et sœur, parce que je faisais des bêtises, on me battait
quotidiennement parce que je faisais pipi au lit, et aussi parce que,
étant l’aînée, je montrais le mauvais exemple à mes frères et
sœurs :
c’est à cause de moi que mes frères faisaient pipi au lit, bien
sûr. On
me battait avec un tuteur en bambou. Mes parents rient encore de la
fois
où ils ont acheté un martinet, qui s’est cassé dès la première
utilisation.

Je savais que je n’avais jamais rien fait d’exceptionnellement mal,
et
pourtant, j’étais battue, et quand on me parlait des « maisons de
correction », j’avais l’impression qu’il était possible qu’on
m’y envoie
un jour.

J’étais devenu une personne calme, un peu introvertie. Je croyais
moi-même que j’étais quelqu’un de calme.

J’étais étonnée aussi, que l’on n’ait pas le droit de battre
quelqu’un
dans la rue, mais qu’on ait le droit de battre ses enfants.

*Je m’étais juré de ne jamais battre mes enfants, car je savais que

c’était injuste*. Rationnellement, je croyais que j’en étais
capable. Si
j’avais su ! Il n’y avait rien de rationnel dans mes réactions
face aux
petites bêtises de mes enfants !

J’ai commencé par crier sur mon fils aîné lorsqu’il faisait une
bêtise,
dès l’âge d’un an.

Et je l’ai battu. Surtout lui, et parfois aussi le second. Je le
battais
parce qu’il se battait avec son frère, et aussi parce qu’il
faisait des
bêtises d’ordre matériel. Évidemment, je ne le battais pas pour le
pipi
au lit, car je savais très bien qu’il n’y pouvait rien. Je les ai
battus
tous les deux un dimanche matin parce qu’ils étaient réveillés
tôt, et
qu’ils scandaient leur faim pour nous réveiller. J’ai battu le
second
lorsqu’il m’a demandé de saisir pour lui son dossier de stage de
3^ème
en entreprise qu’il devait rendre le lendemain, alors qu’il se
refusait
à le faire lui-même depuis un mois.

Lorsque je les tapais, j’étais en rage, rien ne pouvait
m’arrêter. C’est
pourquoi je les tapais avec les mains, je savais que j’allais
m’arrêter
à cause de la douleur aux mains. Je me refusais à employer le bâton
car
je ne savais pas si j’allais pouvoir m’arrêter, et mon instinct me

disait qu’ils seraient en grand danger. Mon mari ne me stoppait pas.
Il
restait étonné de tant de violence, peut-être était-il paralysé,
tétanisé. Chez lui, sa mère se faisait battre et insulter
quotidiennement.

Après ces séances de torture, je pleurais des heures entières car je

m’en voulais de l’avoir fait, de n’avoir pas été capable de
m’empêcher
de violenter mes enfants. Je ne voyais pas comment faire. Quelquefois,
avant de donner la fessée, je me demandais : comment puis-je faire
pour
résoudre ce problème sans fessée ? Mais je ne trouvais aucune idée,
et
la colère montait aussitôt.

J’ai fini par consulter une conseillère familiale, lorsque
l’aîné avait
huit ans, et les violences se sont espacées. Et puis les garçons sont

devenus grands, et capables de se défendre, il n’était plus
question de
les taper : je risquais d’en recevoir en retour !

Aujourd’hui, mon fils aîné est un révolté, et je comprends très
bien
pourquoi. Mais lui, il détruit tout ce qui pourrait le rendre
autonome.
Je ne sais pas quoi faire pour lui.

Par ce texte, je veux simplement témoigner du fait que la violence
subie
par un enfant se multiplie. Que c’est très grave. Et qu’il faut
absolument faire quelque chose. Former les futurs parents, et leur
donner des outils pour empêcher que cela continue. Peut-être un
numéro
vert, des groupes de parole, des associations avec des spécialistes
qui
les aident. Je ne sais pas. Mais cela me semble urgent.

AM: Vous avez raison, il faut organiser une aide SOS pour les parents qui sont en danger de battre leurs enfants. Nous avons déjà organisé un tel service par téléphone mais ..... aucun parent n'a appelé. Comme vous écrivez, la pression de répéter ce que les propres parents ont fait est très forte. Pourquoi? Parce que cela nous permet de ne pas voir leur CRIME. Nous avons PEUR DE LE VOIR. Une fois que vous vous en rendez compte, VRAIMENT, EMOTIONNELLEMENT, et que vous condamnez le comportement de vos parents de tout votre coeur, vous n'avez plus besoin de battre vos enfants.

Réponse de Brigitte:

un autre phénomène intervient qui empêche de faire circuler les informations sur les conséquences de la violence éducative, c'est la peur de faire culpabiliser les parents de battre les enfants. Et pour ne pas être accusé ou agressé par cette vérité, tous les services d'aides à l'enfance préfèrent nier, banaliser ou minimiser la réalité parce qu'ils sont pris eux aussi dans le piège de la peur d'être battu d'affirmer qu'ils ont retrouvé la vue et le discernement. De cette façon nous pouvons tourner en rond pendant longtemps, en tous cas, jusqu'à ce qu'un haut placé de ces gouvernements décide de mettre fin à cette dramatique ignorance. BO

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